Sautez du pont
Vous vous croyez plus malins que jamais, hein ? Tous, derrière vos écrans, à tapoter frénétiquement vos petits prompts de merde pour pondre des textes sans âme et des concepts prémâchés pour vous faire mousser.
Si déjà vous sentez la moutarde vous monter au nez à mon encontre, parfait, c'est peut-être la seule fois de la semaine où vous aurez lu un avis écrit par un humain et non une machine qui ne sait que vous dire "OH OUI TU AS TOTALEMENT RAISON", "QUELLE IDEE BRILLANTE", "JE VOIS QUE TU AS L'OEIL".
Mais va bien niquer tes grands morts, toi l'IA et ta complaisante à gerber, la fausse soumission qui sert de misérable cache-sexe au membre turgencent qu'on essaie de nous faire gober jusqu'au nombril, à grand renfort de ces phrases lubrifiantes.
Gober comme cette nuée de cloportes en col blanc gobent les financement publics, ces fameuses "start-up" de mes deux qui pullulent comme des morpions sur le cadavre de notre dignité intellectuelle. Regardez-les, ces petits merdeux sortis d'écoles de commerce à 20 000 balles l'année, qui n'ont jamais eu l'ombre d'une idée originale de leur putain de vie et qui valent autant à mes yeux que le résultat extérieur de mes fonctions digestives.
Leur "révolution technologique" ? Une pauvre interface graphique vibe-codée avec le cul en trois jours, avec des images IA sans âme voir cauchemardesques et qui ne fait absolument rien d'autre que de taper dans l'API d'OpenAI et qui au mieux ne fait rien d'utile, au pire joue sur nos insécurités, notre détresse ou optimise l'exploitation ou la mise au rebut des classes les plus précaires.
Mais attention, ils sont classes les gars ! Ils collent un petit ".ai" à la fin de leur nom de domaine, ils tartinent leur pitch deck d'un jargon managérial insupportable à base de "disruption", de "synergie" et de "changement de paradigme", et boum ! Les voilà partis pomper des millions d'euros à des fonds de capital-risque dirigés dans le meilleur des cas par des requins séniles qui n'y entravent que dalle mais qui ont trop peur de rater le train.
Ah, elle est belle, votre "Tech" ! Des boîtes fantômes qui lèvent des sommes indécentes pour vous vendre quoi ? Un "assistant virtuel" capable de résumer des réunions chiantes à mourir auxquelles personne n'aurait dû assister à la base ? Un générateur de posts LinkedIn tellement hypocrites et dégoulinants de fausse positivité qu'ils fileraient la nausée à un croque-mort ?
C'est ça, le putain sommet de l'ambition humaine au 21ème siècle ? C'est ça la priorité de notre espèce au vu des priorités qui s'annoncent ?
C'est du vent, que dis-je une flatulence ! Du putain de vide intersidéral ! Ces boîtes sont des coquilles vides qui brûlent du cash de manière obscène pour exister sous perfusion.
Ils surfent sur la vague, ces crevards de buveurs de matcha à trottinette électrique. Ils s'engraissent sur la hype, prennent aussi au passage des subventions qui auraient pu bénéficier à tous, dans un pays où les services hospitaliers sont tellement noyés qu'ils ont besoin d'un tuba de 20m pour rester en vie.
Mais comme on dit, c'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui nageaient à poil. Quand cette foutue bulle spéculative va éclater – parce que spoiler : il n'y aura pas assez de gros blaireaux pour payer des abonnements à 50 balles par mois à l'infini pour des générateurs de bullshit –, les fondateurs prendront leurs clics et aucune claque et iront ruiner un autre secteur. Ils s'en branlent, ils vont "pivoter" comme les girouettes charognardes qu'ils sont. Leur travail est fait : ils ont eu leur thune... NOTRE thune.
Et qui va ramasser les pots cassés ? Les sous-traitants, les employés précaires, tous les grouillots qu'ils auront embauchés pour maintenir l'illusion... Et nous. Tous.
Alors continuez, oui, allez, continuez de les applaudir et de télécharger leurs applications à la con. Et avec de l'entrain s'il vous plait. Continuez d'être les idiots utiles d'une arnaque pyramidale qui ne dit pas son nom.
Vous êtes là, à baver d'admiration devant l'algorithme le plus énergivore et le moins efficace jamais créé, intimement persuadés d'être à la pointe du progrès.
Alors que vous n'êtes rien d'autre que les benêts, le bas de la pyramide, confortablement installé dans une bulle spéculative monstrueuse qui ne demande qu'à nous péter à la gueule.
Quand le grand crash de l'IA va arriver – et il va arriver bien plus tôt que vous l'imaginez–, ce ne sont pas les quelques milliardaires planqués dans leurs bunkers technologiques qui vont trinquer. Eux, ils ont déjà empoché la mise.
Non l'IA ne va pas disparaitre, Internet n'a pas disparu après le crash de la bulle internet. Mais ce n'est pas les plus puissants qui en souffriront le plus.
Cette catastrophe sociale et économique frappera avant tout les plus vulnérables. Les précaires, les travailleurs jetables, ceux qui vont se retrouver sur le carreau parce que des décideurs incompétents auront cru qu'une calculatrice sous stéroïdes pouvait remplacer l'humain. Mais continuez de jouer avec votre attardé numérique, continuez de creuser vos propres tombes avec le sourire.
Il fut un temps – une époque bénie de l'histoire humaine, il y a à peine quelques années – où il existait une méthode fabuleuse pour obtenir de l'information. Ça s'appelait les moteurs de recherche.
Vous vous souvenez ? Ce truc rudimentaire où il fallait taper des mots-clés, lire, trier, croiser les sources et, tenez-vous bien... chercher l'information soi-même ! Mais c'était devenu trop dur, n'est-ce pas ? Trop fatiguant pour vos cerveaux ramollis. C'est vrai que c'est bien mieux d'avoir un débile mythomane qui vous cire les pompe et vous donne des informations non sourcées et qui ne sait pas dire non.
Quoi que c'est peut-être ça en fait ? Comme quand vous interagissez avec un autre être humain, vous ne supportez pas qu'on vous dise non ? C'est agréable ? T'aimes ça, hein, petit pervers frustré ?
Vous allez penser que je suis pas sérieux, ou que je suis un peu timbré, mais vous voyez pas qu'on nage en plein délire schizophrénique de toute façon, là?
Alors que le gouvernement nous bassine matin, midi et soir avec son slogan de bureaucrates : "L'économie est notre avenir, économisons-la", on crame une énergie colossale, on assèche des nappes phréatiques entières pour refroidir des centres de données titanesques.
Tout ça pourquoi ? Pour faire tourner un outil débile, un perroquet stochastique qui répond au hasard à des questions existentielles sur lesquelles vous auriez pu juste prendre cinq minutes pour fermer les yeux, réfléchir, ou faire preuve d'un minimum d'introspection.
Réfléchir? Instrospection? Vous avez peut-etre oublié le sens. Et ben t'as qu'à demander à l'autre con.
Aujourd'hui, demander à l'IA est devenu le passage obligé, la sacro-sainte étape de la moindre pensée. Vous devez créer une nouvelle fonction dans votre boîte ? Vous demandez à la machine. Vous écrivez un mail important ? Vous demandez à la machine. Plus l'ombre d'une créativité. Plus une seule once d'inventivité. On balance lâchement ses données dans le vide, on se lave les mains de tout effort intellectuel et on se dit confortablement que "ça se débrouillera bien".
Pire : On peut avoir des réunions résumées par l'IA pour savoir ce qu'on pourrait bien faire comme nouvelle fonction avec de l'IA pour surfer sur l'IA. Réunion dans laquelle les gens qui participent ont bien évidemment demandé leur avis à l'IA pour préparer la réunion.
Bordel, mais pincez-moi, putain de merde !!!
Suis-je vraiment le seul à voir l'absolue folie de la situation ? Suis-je le dernier putain de taré à réaliser qu'on est juste en train de tourner en rond sur un putain de caillou spatial perdu dans le néant sans personne pour nous sauver ?
Un cailloux cosmique dérivant dans le néant, recouverte d'une moisissure qu'on a pompeusement baptisée "la vie", et rongée par une foutue infection parasitaire qu'on appelle "l'humanité". Fondamentalement, rien de tout ça n'a de sens.
L'univers s'en carre le cul de nos existences. Les seules putains de choses qui donnent une once de consistance à cette blague macabre, les seuls foutus remèdes contre notre propre morbidité, ce sont l'entraide, la créativité, et cette capacité gamine à s'émerveiller. C'est tout ce qu'on a.
Et vous ? Vous prenez ce trésor inestimable, ce seul rempart contre le vide de l'existence, et vous le sous-traitez à un algorithme de merde pour "gagner en productivité" ? Gagner du temps pour quoi faire ? Pour scroller vers le néant en attendant la mort ?
Vous réalisez l'absurdité de ce que vous faites ? Vous externalisez votre propre capacité de jugement. Vous sous-traitez le peu de ce qui restait d'humanité à un ramassis de bits.
Et vous savez pourquoi les milliardaires s'en réjouissent ? Parce que des gens qui ne savent plus réfléchir, qui ne savent plus douter, qui ne savent plus remettre en cause ce qu'un écran leur ordonne de croire... c'est le terreau parfait, l'engrais idéal pour le fascisme qui s'annonce. Et le fascisme, les patrons adorent ça !
Et ça tombe bien parce que lui aussi il arrive, VOUS l'avez laissé arriver en nombrilistes éhontés, pensant plus à celui qui n'a pas que celui qui vous spolie.
Mais nouveauté : le totalitarisme de demain n'aura même pas besoin d'utiliser la force, il lui suffira de se faire passer pour un chatbot serviable qui pense à votre place.
Et je vous entends déjà chouiner d'ici, avec vos petites excuses de moutons dociles qui suivent le troupeau vers l'abattoir :
"Ouiiii, mais Phil, tout le monde utilise l'IA ! Il faut bien s'adapter !"
Ma mère, si elle avait encore été de ce monde pour voir ce désastre absolu, vous aurait répondu avec cette évidence qui claque comme une gifle :
"Et si tout le monde saute du pont, tu sautes aussi ?"
Comme elle n'est plus là, et franchement TANT MIEUX POUR ELLE vu l'état de décomposition avancée de notre civilisation, en vérité je vous le dis avec toute la haine que je peux vous vouer :
Sautez. du. pont.
Vite.
Et en nombre.
